A Noël, j'ai reçu l'essai d'Olivia de Lamberterie sur le suicide de son frère.

Ce livre m'a parlée, serrée le coeur et inspirée ces mots. 

 

Le suicide est un "proche de longue date".

Je l'ai croisé à la fin de mon enfance sans en saisir toutes les nuances mais il m'a indéniablement fait perdre beaucoup d'illusions.

Je n'étais déjà pas une enfant insouciante, elle - l'insouciance - a définitivement dû se faire la malle lors de cette première rencontre.

Je l'ai recroisé adolescente.

Celui ci était d'une violence inouie dans un contecte indicible, il ne se passe pas une année sans que je pense à lui.

Puis, il s'est éclipsé pendant des lustres, a tenté quelques incursions mais Dieu Merci sans réussite.

Il s'est malheureusement rappelé  très violemment à mon bon souvenir, il y a 4 ans.

 

 

Alors oui, je suis une mélancolique en plus d'être une anxieuse !

Je ne vous parle pas de pathologie psychiatrique - la mélancolie est une dépression XXL - mais plutôt d'un "état d'esprit".

Parce que la vie m'a enseignée très jeune qu'elle était douloureuse.

Le suicide qui rôde autour de moi n'en est pas la seule cause, mais le reste ne peut pas être écrit ici.

Mon Burn Out n'a fait qu'amplifier le phénomène.

Comme le dit Christophe André, " mon cerveau abrite tous les logiciels pour voir le côté négatif."   

Il avait 2 parents dépressifs.

 

Je sais que ces actes sont incompréhensibles pour beaucoup.

Souvent ressentis comme égoïstes par les proches.

Et pourtant, ne les jugez pas, que savez-vous de leur souffrance ? ...

L'idée d'appuyer sur le off de cette torture mentale m'a effleurée l'esprit ... une fois en 47 ans, 7 secondes trois quart.

 

 

 

Ce cerveau qui bouillonne H24. 

 

Pas de repos, pas de répit. 

 

Le sommeil, c’est pour les faibles.

 

Cette manie d’anticiper toujours le négatif, pour se « préparer ».

 

 Ce corps tétanisé, crispé d’être à l’affût du pire en permanence.

 

 Parce que non, la vie ça ne peut pas être chouette, restons bien sur nos acquis, nos fausses croyances.

 

 La loi de l’attraction ? Elle fonctionne malheureusement aussi bien dans le négatif qu’elle pourrait le faire dans le positif.

 

Épuisant, épuisée.

 

Quand l’esprit n’est pas à ressasser le passé, il anticipe le futur.

 

Et quand est-ce que je vis moi Madame ?!

 

7 secondes trois quart vite effacées par la conscience du Tsunami que cela représente pour ceux qui restent, l'incompréhension, la culpabilité, la colère et tout le reste.

Effacées aussi par ce coin de ciel bleu bien enfoui au fond de moi, mais là quand même et irrépressible.

Comme s'il essayait de colorer de bleu  mon ciel gris malgré ma "mauvaise volonté".

Et puis cette petite voix qui vient d'on ne sait où et qui répète inlassablement " il y a toujours une solution" et qui se fait plus vive pendant ces 7 secondes trois quart ...

Je pense que ce jour là, au plus profond de ma mélancolie, pendant ces 7 secondes trois quart, j'ai choisi de vivre, définitivement, peu importe le prix de "souffrance" à payer pour moi.

Je suis donc un paradoxe : une mélancolique avec un instinct de survie solidement chevillé au corps.

Dans ces "moments là", cette dichotomie entre l'être serein que je "joue" et mes pensées teintées d'un désespoir totalement inapproprié et culpabilisant - une famille, des amis, un toit, de la nourriture, bref j'ai TOUT ! Ok, la santé, ça pourrait aller mieux mais ça ne justifie pas CA - m'épuise et je caresse l'espoir de rencontrer quelqu'un qui lise dans mes pensées, me prenne dans ses bras et me dise " ne t'inquiète pas, ça va bien se passer" parce que je suis incapable de verbaliser ce qui déchire mon cerveau, mon coeur et mes entrailles ...

Rire de moi m'a toujours aidée à adoucir cette mélancolie.

L'humour, l'énergie du désespoir, a longtemps fait son oeuvre pour m'aider à ne pas couler à pic !

La chimie n'a jamais eu de prise - positive- sur moi.

Mystère ...

Comment peut-on à la fois vivre de tels moments de détresse et rester de marbre face à des médicaments censés aider à passer de tels caps ?

Puis un jour, l'instinct décide de baffer la mélancolie, de faire la nique à la fidélité familiale qui me dicte inconsciemment d'aller mal et je décide d'étouffer cette souffrance.

Sans doute parce que la mélancolie n'est pas moi, je choisis de la rendre à qui de droit et je garde en moi cet instinct de survie qui lui, m'appartient véritablement.

Je le décide pour MOI, moi qui pense toujours aux autres d'abord ...

Cheminement aussi douloureux que de se maintenir dans cet état de tristesse qu'on voit revenir régulièrement comme une "vieille amie" contre laquelle il n'y a aucune raison de lutter, c'est une amie depuis si longtemps !

Lutter contre la mélancolie, c'est un travail de chaque instant.

Yoga, sophrologie, méditation, psychothérapie, alimentation, EMDR, écriture, création thérapeuthique.

C'est un choix fait en conscience.

La route est longue mais difficile belle.

Le ciel est gris bleu.

Parfois, je trébuche sur un caillou, mais il y a toujours une main bienveillante pour me rattraper.

Il m'arrive d'avoir froid en passant à l'ombre d'un arbre, comme pour me rappeler de ne jamais trop m'éloigner de la lumière.

Je construis doucement mais sûrement un avenir moins gris, et ça n'a pas de prix !

Merci Olivia de m'avoir aidée à mettre des mots sur ce "ça" que je tente de cacher honteusement et maladroitement depuis si longtemps !

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